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Cezanne Paul | 1839-1906 | [ Retour | Photos ]
« Le monde ne me comprend pas
et moi je ne comprends pas le monde.
C'est pourquoi je me suis retiré
»,
dira tristement Cézanne à
la fin de sa vie.
Le drame du peintre fut cette incompréhension
permanente qui devait commencer dans
sa propre famille.
Paul Cézanne naît le
19 janvier 1839 à Aix-en-Provence.
Son père est un personnage
extraordinaire : né de parents
pauvres, il réussit à
devenir propriétaire d'une
chapellerie, puis, ses affaires étant
florissantes, à fonder une
banque locale en 1848. La forte personnalité
de ce père allait avoir une
grande influence sur le caractère
du jeune Paul, lui créer certains
complexes et le maintenir dans un
état de soumission.
Cézanne fit ses études
au collège Bourbon, qu'il quitta
en 1858 avec son baccalauréat,
et s'y lia d'une grande amitié
avec Emile Zola, son condisciple.
Un passage à la faculté
de droit ne se révélait
pas concluant et M. Cézanne
père dut se rendre à
l'évidence - Paul, seul garçon
des trois enfants, ne lui succéderait
pas à la banque, Depuis l'âge
de seize ans, il suivait des cours
de dessin et peignait ; dernièrement,
au «Jas de Bouffan »,
que sa famille venait d'acquérir,
il avait installé son premier
atelier. D'autre part, l'ami Zola
était à Paris où
il désirait devenir écrivain
et pressait Paul de l'y rejoindre.
Après bien des atermoiements,
Cézanne se décide et
arrive à Paris en avril 1861.
Là, au bout de quelques mois,
il connaît une crise de découragement
à la suite de son échec
à l'École des beauxarts
; il est refusé avec cette
appréciation : « Tempérament
de coloriste. Par malheur, Cézanne
peint avec excès. »
De retour à Aix, il continue
à peindre et à dessiner.
Il décore le jas de Bouffan
de quatre grands panneaux muraux,
les Quatre Saisons, qu'il s'amuse
à signer Ingres.
Au mois de novembre 1862, la curiosité
le pousse de nouveau à Paris.
Et, après plusieurs années,
il quittera la capitale sur une déception
pour y revenir quelques mois plus
tard. En fait, il ne se plaît
nulle part, car il ne se plaît
pas à lui-même, Il est
dans un état de lutte constante,
aussi bien contre lui-même que
contre les autres. Il cache sa timidité
et ses hésitations par des
crâneries et des manières
qu'il veut vulgaires. Introduit par
Zola auprès des futurs impressionnistes,
qui se réunissaient au café
Guerbois, il se plaît à
scandaliser Manet* qu'il trouve trop
distingué. Quand ce dernier
lui demande : « Et que préparez-vous
pour le Salon, monsieur Cézanne?
- Un pot de ni... ! » répond-il.
Il est évidemment refusé
à tous les Salons. Durant toute
cette période, jusqu'en 1870-1872,
il fait une peinture que lui-même
qualifie cyniquement de façon
ordurière, peinture violente
et sombre, romantique et baroque.
La pâte est épaisse,
travaillée au couteau, les
fonds sombres sont troués de
blancs purs. C'était ce que
Monet* appelait de la « peinture
sale » - l' Enlèvement,
la Tentation de saint Antoine, le
Nègre Scipion, la Madeleine,
Une moderne Olympia, un portrait d'Achillee
Emperaire témoignent de cette
période où il disait
de lui - « je suis un intense,
moi. »
Au début de la guerre de 1870,
Cézanne, peu soucieux de répondre
à l'ordre de mobilisation,
s'installe à l'Estaque, bourgade
proche de Marseille, avec une jeune
femme, Hortense Fiquet. Là,
il travaille dans le calme et la solitude
à des toiles comme la Neige
fondante à l'Estaque, qui marquent
la fin de sa première période.
La transformation décisive
de sa manière date de 1872.
Après la naissance de son
fils Paul le 4 janvier, il s'installe
à Auvers-sur-Oise, auprès
de Pissarro dont il écoute
les conseils : « Ne peins jamais
qu'avec les trois couleurs primaires
et leurs dérivés immédiats.
» Pissarro l'encourage, le félicite
et l'aide à participer à
la première exposition des
impressionnistes en 1874- Il y a là
Monet, Renoir, Degas, Sisley, Morisot,
Guillaumin et Pissarro. Cézanne
présente quelques toiles qu'il
vient d'achever à Auvers, en
particulier la Maison du pendu (au
musée du Louvre). On connaît
l'accueil déplorable de cette
exposition. L'Aixois, encore plus
malmené que les autres peut-être,
traité d'« espèce
de fou, agité en peignant du
delirium tremens », est très
affecté. Heureusement, il fait
la connaissance de l'amateur Victor
Chocquet, qui deviendra un admirateur,
un ami et plusieurs fois un modèle.
Entre cette exposition de 1874 et
celle de 1877, à laquelle il
participera, la peinture de Cézanne
évolue. Elle s'éloigne
de l'impressionnisme, des petites
touches, des jeux de lumière
éphémères. Ses
tableaux sont plus rigoureux, plus
construits. Il est convenu maintenant
que l'art de Cézanne relève
du classicisme, mais sa conception
de l'espace avait à l'époque
quelque chose de révolutionnaire.
Il n'a pas recours aux effets de perspective
traditionnels, transformation dégradée
de la couleur ou lignes obliques du
dessin.
En 1877, Cézanne décide
de participer à l'exposition
des impressionnistes. Ses camarades,
reconnaissant son talent, attribuent
la meilleure salle à ses quinze
toiles. Cette seconde expérience
est plus désastreuse que la
première :
Paul Cézanne, ulcéré,
décide de ne plus participer
aux prochaines expositions impressionnistes.
Seule l'entrée d'un de ses tableaux
au « Salon de Bouguereau »,
comme il l'appelle, pourrait contenter
son orgueil ingénu. Mais le jury
écarte systématiquement
tous ses envois. En 1882, il se résout
à demander à son ami Guillemet,
qui fait partie du jury, de le faire
recevoir « pour la charité
» (chaque membre du jury pouvait
repêcher une toile refusée).
Personne ne remarque sa toile, un portrait,
et un critique écrit : «
L'ombre de l'orbite et celle de la joue
droite promettent un coloriste dans
l'avenir. » Quelle dérision
! Cézanne décide alors
de quitter Paris : « L'isolement,
voilà ce dont je suis digne.
» Il s'installe en Provence, et
ne se déplace que pour répondre
à quelques invitations choisies.
En mars 1886, Zola publie l'oeuvre,
histoire d'un peintre raté. Il
n'a pas hésité à
prendre Cézanne comme modèle,
car il ne croit plus au talent de son
ami d'enfance. Une brouille entre les
deux hommes s'ensuit, définitive.
A partir de 1890, Cézanne souffre
de diabète ; son caractère
ne s'en trouve pas amélioré.
Il est irascible, plein de brusqueries.
Sa production, par contre, à
partir de cette époque est parfaitement
équilibrée : la Commode,
les Trois Garçons au gilet rouge,
les portraits de Madame Cézanne,
la série des Joueurs de cartes
(cinq toiles), l'Homme à la pipe,
les Montagnes Sainte-Victoire, les Baigneurs
et Baigneuses, thème qu'il reprendra
jusqu'à une dizaine de fois.
A Paris, on commence à parler
de lui : une de ses oeuvres figure à
l'Exposition universelle de 1889 grâce
à l'intervention de Chocquet.
En 1891, Emile Bernard lui consacre
une des livraisons d'Hommes d'aujourd'hui
publiée par la librairie Hachette.
Enfin, en 1895, Ambroise Vollard lui
organise une grande exposition de cent
cinquante toiles. Cézanne, en
Provence, reste assez indifférent
à ce subit intéret.
Il est méfiant et dit parfois
: « Ils préparent un
coup. » La gloire venait trop
tard. Il se fait construire un atelier
à Aix, chemin des Lauves ;
des jeunes gens viennent lui demander
conseil. Malgré ce triomphe,
il continue de travailler avec ardeur
et jure qu'il mourra à la tâche.
Effectivement, le 15 octobre 1906,
il est surpris par un orage alors
qu'il peint en plein air. Il prend
froid et s'évanouit sur le
chemin du retour. Ramené chez
lui, il ne se remet pas et meurt le
22 octobre après avoir reçu
les sacrements. Dans les dernières
années de sa vie, Cézanne
eut conscience du rôle important
qu'il allait jouer dans la future
peinture - «Je suis, disait-il,
le primitif d'un art nouveau. »
Il n'est pas un peintre de nos jours
qui ne lui soit redevable. «
Nous sommes tous partis de Cézanne
», diront Braque*, Léger*,
Jacques Villon, en 1953. Le fauvisme
et le cubisme étaient déjà
contenus dans ses toiles. Cézanne,
c'est « le bon Dieu de la peinture
», comme se plaira à
l'appeler Matisse, ce qui est un bel
hommage.
Muséographie
Il reste actuellement 8oo toiles
de Cézanne, auxquelles il faut
ajouter environ 7oo aquarelles et
dessins. La plupart des grands musées
en possèdent. Un bel ensemble
est réuni par le Louvre au
musée du jeu de paume (la Maison
du pendu, la Mer à l'Estaque) | Copie peinture.
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| Cezanne Paul |
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| Les joueurs de carte |
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| Le fumeur |
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| Pommes & Oranges |
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| Mont Sainte-Victoire |
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| La mer à l'Estaque |
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| L'horloge noire |
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