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Toulouse-Lautrec Henri | 1864-1901 | [ Retour | Photos ]
C'est à l'ombre de la cathédrale
d'Albi que naît le 24 novembre 1864
Henri de Toulouse-Lautrec - Monfa,
fils du comte Alphonse de Toulouse-Lautrec
et de sa cousine germaine, Adèle Tapié
de Céleyran. Fils unique à la mort
de son frère, âgé d'un an en 1868,
Henri de Toulouse-Lautrec descend
en ligne directe des fameux comtes
de Toulouse qui dominèrent la région
albigeoise de l'an 750 jusqu'en 1271.
D'une constitution chétive, sans
doute due à une série de mariages
consanguins, le jeune Henri, élève
au Lycée Fontanes (actuel lycée Condorcet),
est victime à deux reprises en 1878
et 1879, de deux fractures consécutives
du fémur gauche puis droit qui le
laisseront infirme toute sa vie. Issu
d'un milieu familial très favorisé
où l'on cultive l'oisiveté et la chasse,
Henri va souffrir dès son plus jeune
âge de son handicap physique mal vécu
par sa mère avec laquelle il entretiendra
toujours des relations filiales privilégiées.
Ce n'est pas le cas de son père, le
comte Alphonse, un original passionné
de chasse et de fauconnerie avec lequel
des rapports espacés d'incompréhension
mutuelle s'instaurent dès l'enfance.
Doué très jeune d'un fort joli coup
de crayon, l'adolescent malingre dessine
sans relâche chevaux, chiens et faucons
qu'il côtoie l'été dans la propriété
familiale du Bosc. Muni de son baccalauréat
réussi à Toulouse en novembre 1881,
Toulouse-Lautrec, décidément doué
pour les arts, fréquente l'atelier
d'un ami de son père, le peintre animalier
René Princeteau avant d'intégrer à
Paris celui du grand académique Léon
Bonnat. Il y rencontre Louis Anquetin,
Henri Rachou et Eugène Boch mais le
maître ne l'apprécie guère et déclare
à son jeune élève : " Votre peinture
n'est pas mal, c'est du chic, mais
enfin, ça n'est pas mal ; mais votre
dessin est tout bonnement atroce ".
À la fermeture de l'atelier Bonnat,
nommé professeur à l'École des beaux-arts,
les élèves se retrouvent chez le grand
peintre d'histoire Fernand Cormon
où les rejoignent Émile Bernard, François
Gauzi et Vincent van Gogh. Lautrec
y poursuit des études académiques
jusqu'en 1886-1887 et commence à exposer
sous le nom de " Monfa ", " Tolav-Segroeg
" ou " Treclau ". Très vite, il choisit
le camp de la modernité et parodie
le Bois sacré du grand Puvis de Chavannes
dans une toile où il se représente
de dos au milieu de personnages contemporains.
Il ne tarde pas à s'installer rue
Fontaine, non loin de l'atelier de
Degas qu'il admire et qui dira de
lui : " Il porte mes habits, mais
retaillés à sa mesure ". La découverte
de Montmartre transforme Toulouse-Lautrec
; dès 1886, il consacre tout son talent
à la peinture de ce microcosme si
particulier dont les hauts lieux sont
le Moulin Rouge, le Moulin de la Galette
ou le Mirliton, mélange de canaillerie
et d'aristocratie. Il en devient l'un
des principaux acteurs et le témoin
lucide, crayons et pinceaux à la main.
Plongé dans le milieu montmartrois,
le peintre d'Albi ne tarde pas à fréquenter
les stars du café concert, du cabaret
et du music-hall, personnages hauts
en couleurs qu'il immortalise dans
ses toiles, ses caricatures et ses
affiches. Dans ce monde interlope
situé entre la Place Blanche, Pigalle
et la Butte Montmartre, Lautrec évolue
comme un poisson dans l'eau que seul
l'alcool retiendra dans ses filets."
Tous les soirs je vais au bar travailler
" écrit-il, croquant avec une originalité
flagrante Aristide Bruant, Jane Avril,
Loïe Fuller, La Goulue ou Valentin
le désossé. Il consacre une affiche
révolutionnaire par son graphisme
à la danseuse du Moulin Rouge et tout
un album à la fameuse " diseuse ",
Yvette Guilbert, devenue son amie.
Parallèlement à toutes ces activités,
Lautrec devient un grand illustrateur
de journal en faisant paraître ses
caricatures dans Le Mirliton, Le Courrier
français, Le Figaro illustré, L'Escarmouche
ou Le Rire, n'épargnant personne et
pas même lui-même quand il se représente
en compagnie d'une vache opulente
pour une simple Invitation à une tasse
de lait. Le monde nocturne du peintre
montmartrois est celui des feux de
la rampe, des bals populaires (Bal
du Moulin de la Galette, 1889) du
cirque (Au Cirque Fernando : Écuyère,
1887-1888) du théâtre (La Grande Loge,
1897) mais aussi celui, plus caché,
de la prostitution sans merci qui
sévit alors à Paris (Au Salon de la
rue des Moulins, vers 1894). C'est
ainsi que Toulouse-Lautrec, lui-même
célèbre pensionnaire des maisons closes,
immortalise dans ses toiles sans concession,
dans ses dessins et ses lithographies
comme la magnifique suite Elles, les
prostituées de toutes origines dont
il se sent proche par son infirmité.
Il nous livre ainsi une vision pathétique
de ce monde du plaisir vénal et nous
restitue avec génie l'être humain
qui survit au tréfonds de la personne
humiliée.
Mais la vie implacable le rattrape
au coeur de ce tourbillon à la fois
créateur et destructeur. Syphilis
et alcoolisme conjugués mettent durement
à l'épreuve les facultés d'un artiste
qui se croit inépuisable. Dès 1897,
sa production se ralentit ; victime
de crises d'hallucinations et de paranoïa,
sa famille le fait interner à la clinique
du docteur Sémelaigne à Neuilly, au
printemps 1899. Privé de boisson et
de liberté, il s'efforce de prouver
au monde sa bonne santé mentale en
réalisant une série de magnifiques
dessins sur le thème du cirque. À
sa sortie, fier de son travail, il
affirme : " J'ai acheté ma liberté
avec mes dessins ". Après une dernière
série de toiles consacrées au théâtre
et réalisées à Bordeaux où il séjourne
à partir d'octobre 1900 en compagnie
de l'amiral Viaud, chargé de l'empêcher
de boire, il remonte à Paris en avril
1901 pour trier ses œuvres dans son
atelier de la rue Frochot. Sa palette
s'assombrit comme son humeur ; épuisé,
il regagne le Sud-Ouest de la France
le 15 juillet 1901 et s'éteint au
château familial de Malromé le 9 septembre
de la même année. Révélé de son vivant
essentiellement comme un affichiste
et un illustrateur, Lautrec ne va
pas tarder à connaître la renommée
en peinture, quelques années après
sa mort, grâce à l'inlassable activité
de son ami et marchand, Maurice Joyant.
Dès 1902, ce dernier organise une
première rétrospective du peintre
chez Durand-Ruel et plus tard réussit
à convaincre le conseil général du
Tarn d'ouvrir un musée Toulouse-Lautrec
dans le superbe palais de la Berbie,
résidence épiscopale des évêques d'Albi.
Inauguré en 1922 par Léon Bérard,
ministre de l'Éducation nationale
et des Beaux-Arts, celui-ci abrite
la plus belle collection au monde
d'œuvres de cet artiste à la pointe
de la modernité en plein XIXe siècle.
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| Toulouse-Lautrec Henri |
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| Rosa la rouge |
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| Danse au moulin rouge |
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| La blanchisseuse |
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| La toilette |
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