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Da Vinci Leonardo | 1435-1488 | [ Retour | Photos ]
Léonard est né en 1452
à Vinci, bourgade perdue dans
les plis et replis que forment les
monts Albano. Son père, notaire,
fils de notaire, était ser
Piero ; sa mère, une jeune
paysanne du nom de Catarina. Sa naissance
mit fin à l'idylle : ser Piero
la même année sagement
se maria, et Catarina suivit son exemple.
Léonard fut élevé
chez son père et de bonne heure
montra les plus rares aptitudes. Ser
Piero le fit entrer dans l'atelier
de Verrocchio, en 1470 au plus tard.
On conte que, chargé par son
maître de peindre la figure
d'un ange dans un Baptême du
Christ, il réussit si bien
que la figure qu'il avait peinte attira
tous les regards et se détacha
de l'œuvre au lieu de s'y confondre.
On a pu soutenir que Verocchio lui-même
avait subi l'influence de son élève.
Nous ne savons à peu près
rien des premières œuvres
de Léonard. Le carton de la
Chute, d'après lequel on devait
exécuter en Flandre une tapisserie
pour le roi de Portugal, le dragon
molto orribile e spaventoso, peint
sur la rondache (bouclier en bois
de figuier), la Tête de Méduse,
ne sont connus que par les descriptions
de Vasari. Mais ces descriptions suffisent
à nous montrer que déjà
il cherche ce que toute sa vie il
s'efforcera d'atteindre à force
de justesse et de précision
dans l'imitation, il veut égaler
la nature, parler avec autant de relief
le langage des lignes, des formes
et des couleurs, mais pour exprimer
par ce langage sa propre émotion
et pour la transmettre aux hommes.
Il est à cette heure ce qu'il
restera, le réaliste incomparable
qui fixe sur les choses l'œil
le plus clairvoyant et rencontre l'idéal
sans effort, en continuant le réel,
en reliant ses créations à
celles de la nature. On s'accorde
généralement à
voir l'une de ses premières
œuvres dans la petite Annonciation
du Louvre, d'une intimité charmante.
L'Annonciation du musée des
Offices (Florence), qui reprend le
même motif en l'agrandissant,
bien que contestée, ne me parait
pas indigne du maître.
Sur un feuillet manuscrit on lit
: «... bre 1478 incominciai
le due Virgine Marie» ; quelles
sont ces deux vierges? Nous l'ignorons.
Mais des dessins qui nous restent
nous pouvons conclure que déjà
Léonard a dû dégager
de la légende de la Vierge
ces scènes d'une grâce
familière où le sentiment
religieux ne se distingue plus de
la délicatesse et de l'élévation
des sentiments naturels.
Longtemps on a affirmé presque
unanimement que la Vierge aux Rochers
était antérieure au
départ pour Milan. On le conteste
aujourd'hui sur la foi d'un document
qui semble bien se rapporter à
ce tableau. On peut dire qu'en tout
cas elle a été exécutée
au début du séjour à
Milan et qu'elle est encore dans la
manière florentine. Il faudrait
de longues pages pour exposer les
discussions et les niaises polémiques
qui se sont multipliées autour
de ce chef-d'œuvre : on en a
reculé la date au delà
de toute mesure; on l'a traité
de copie et même de «mauvaise
copie », dont l'original serait
la Vierge aux Rochers acquise en 1880
par la National Gallery de Londres.
L'authenticité du tableau du
Louvre, qui nous vient de la collection
de François ler, est indiscutable.
Qu'avant le départ pour Milan
Léonard fût en possession
de son génie, c'est ce que
plus que tout le reste établirait
un tableau inachevé, l'Adoration
des Mages, au-jourd'hui au musée
des Offices, s'il était possible
d'en fixer la date avec certitude.
Mais la liberté de l'exécution,
la maîtrise dont elle témoigne,
la beauté des chevaux qui font
penser aux longues études pour
la statue de F. Sforza, sont précisément
les raisons qui ont amené certains
critiques à reculer cette œuvre
jusqu'aux environs de 1500. L'Adoration
des Mages est pleine de mouvement
et de vie, nous y trouvons déjà
ce réalisme psychologique,
cet effort pour créer des vivants,
des hommes possibles, des êtres
qui ne soient pas seulement les figurants
d'une machine décorative, mais
dont chacun ait une âme qui
se trahisse dans l'acte particulier
qu'il accomplit.
Léonard a trente ans quand
il part pour Milan et entre au service
de Ludovic Sforza, auquel il propose
ses services dans une lettre fameuse
où il expose avec une audace
tranquille l'incroyable diversité
de ses talents. Ambitieux, avide de
gloire, le duc s'efforçait
de justifier son usurpation en attirant
à sa cour les hommes les plus
éminents de l'Italie. La grande
œuvre pittoresque du Vinci à
Milan est la Cène qu'il peignit
dans le réfectoire du couvent
dominicain de Sainte-Marie des Grâces.
On sait que cette peinture célèbre
a subi tous les outrages du temps
et de la main des hommes: l'original
à demi effacé sollicite
notre curiosité plus qu'il
ne la satisfait. Les nombreuses copies
de disciples, que l'on voit à
Milan, au Louvre, à l'Ermitage,
à la Royale Académie
de Londres, ne peuvent atténuer
nos regrets. Bien des commentaires
ont été écrit
sur ce chef-d'œuvre, où
le maître s'est efforcé
d'égaler l'art à la
vie, de créer des êtres
individuels, différents et,
au choc du même sentiment qui
les frappe à la fois de fondre
ces individus, éléments
vivants, dans l'unité vivante
d'une oeuvre harmonieuse.
Dans sa lettre à Ludovic le
More, Léonard lui offrait d'exécuter
la statue équestre en l'honneur
de François Sforza, le fondateur
de la dynastie. Nous ne connaissons
plus cette oeuvre que par les dessins
(Windsor) qui nous montrent les recherches,
les hésitations de l'artiste
sans nous permettre de décider
à quel parti il s'arrêta.
Le cheval était-il lancé
au galop? Marchait-il d'un pas fier
et relevé? Il est probable
qu'il y eut deux modèles de
cette statue colossale à laquelle
Léonard travailla pendant tout
son séjour à Milan.
En 1493, à l'occasion du mariage
de Maria Bianca Sforza avec l'empereur
Maximilien, la statue fut exposée
sur la place du Château, sous
un arc de triomphe improvisé.
De la Cène il reste au moins
une image confuse; nous ne savons
de la statue que l'admiration qu'elle
inspira aux contemporains. Outre ces
grands travaux, Léonard peignit
à Milan quelques portraits,
le duc, sa femme, ses maîtresses,
Cecilia Gallerani, Lucrezia Crivelli,
qui n'est autre peut-être que
la Belle Ferronnière du Louvre.
Organisateur des fêtes ducales,
peintre, sculpteur, Léonard
était en outre architecte,
ingénieur. Cette vie de travail
fut brusquement interrompue par la
chute de Ludovic qui le premier avait
appelé les Français
en Italie et qui, juste retour des
choses, fut chassé de ses États
par ses anciens alliés. Livrée
aux gens de guerre, Milan n'était
plus un séjour pour les artistes.
Au mois de mars 1500, nous trouvons
le Vinci à Venise. En passant
à Mantoue il avait fait au
charbon le délicieux profil
de la duchesse Isabelle d'Este qui
est au musée du Louvre. Sœur
de la femme de Ludovic le More, Isabelle
d'Este est une des femmes les plus
distinguées de la Renaissance,
son nom est mêlé à
l'histoire de tous les hommes célèbres
de son temps. Elle fit de vains efforts
pour attirer Léonard à
Mantoue et même pour obtenir
un tableau de sa main.
En 1501, il est à Florence et
compose un carton de la Sainte Anne,
dont parlent plusieurs contemporains.
On ne sait ce qu'est devenu ce carton,
qui ne peut être identifié
à celui qui est aujourd'hui à
la Royale Académie de Londres
– composition sans doute antérieure
et exécutée à Milan
– mais le tableau da Louvre peut
nous consoler de la perte du carton
qu'il reproduit. En 1503, il avait achevé
pour le puissant secrétaire d'État
de Louis XII, Robertet, «une madone
assise, travaillant au fuseau, tan-dis
que le Christ enfant, un pied sur la
corbeille de laine, souriant, saisit
le fuseau qu'il cherche à enlever
à sa mère». À
cette même date, il fut chargé,
avec Michel-Ange, de décorer
la salle du conseil dans le palais de
la Seigneurie. Michel-Ange choisit une
scène de la guerre contre Pise:
des soldats au bain surpris par l'ennemi.
Léonard, si longtemps l'hôte
de Milan, eut à traiter la Bataille
d'Anghiari, gagnée par les Florentins
sur les Milanais en 1440. Il se mit
à l'œuvre avec ardeur et
travailla au carton d'oct. 1503 à
févr. 1505. Le carton achevé,
il commença dans la salle du
conseil la peinture murale; au mois
de mai 1506, il l'abandonnait. Seul
l'épisode de l'étendard
que décrit Vasari, et qui occupait
au premier plan le centre de la composition
était achevé. «Selon
certaines indications qu'il trouva dans
Pline, dit un contemporain, il prépara
une sorte de mastic pour étendre
ses couleurs. Après avoir peint
sur le mur, il alluma un grand feu pour
que la chaleur permit aux couleurs d'être
absorbées et dé sécher.
Mais il ne réussit que pour la
partie inférieure ; il ne put
chauffer assez la partie supérieure
qui était trop éloignée
du feu. » Nous n'avons de reproduction
que de l'épisode de l'étendard.
La plus ancienne gravure, celle de Lorenzo
Zacchia, de Lucques, date de 1558; la
plus connue, celle d'Edelinck, fut faite
soit d'après le dessin de Rubens
qui est au Louvre, soit d'après
un dessin flamand plus ancien qui est
aux Offices et qui peut-être servit
de modèle aux deux artistes.
Les cartons de Michel-Ange et de Léonard
qui, selon l'expression de Benvenuto
Cellini, «furent l'école
du monde», tant qu'on les put
étudier, ont disparu l'un et
l'autre. Les dernières nouvelles
que nous ayons de la peinture sont de
1513, elle coula sans doute avec l'enduit
qui la portait. La statue de François
Sforza, la Cène, la Bataille
d'Anghiari, toutes les grandes œuvres
de Vinci ne nous sont plus connues que
par des croquis, des dessins, des copies
et l'enthousiasme qu'elles excitèrent.
En 1505, il avait achevé aussi
la Joconde, ce portrait célèbre,
auquel il faut toujours revenir pour
comprendre cet extraordinaire génie
qui ne sacrifie rien, qui mêle
le sang-froid et l'émotion,
la curiosité et la tendresse,
et dont la rêverie même
est une richesse d'idées claires.
Müntz place vers cette époque
le tableau aujourd'hui perdu de la
Léda, dont nous savons bien
peu de chose, sans qu'il soit possible
d'en contester l'existence. Il semble
que ce tableau, apporté en
France, ait été longtemps
conservé au château de
Fontainebleau, dont les inventaires
le mentionnent jusqu'en 1691. Nous
ne le connaissons plus que par un
dessin de Raphaël (Windsor),
et deux ou trois copies anciennes.
Pendant l'été de 1506,
Léonard obtint de la Seigneurie
la permission de se rendre à
Milan, où l'appelait le gouverneur
français, Charles d'Amboise.
Un peu plus tard, après quelques
résistances du conseil de Florence,
envers lequel il n'avait pas tenu
ses engagements, il entrait au service
de Louis XII. Un long procès
avec ses frères, qui lui contestaient
sa part de l'héritage d'un
oncle paternel, pendant plusieurs
années, lui fit perdre un temps
précieux et le rappela à
plusieurs reprises à Florence.
Le procès terminé, il
revient à Milan «avec
deus madones de grandeur différente
qu'il a peintes pour le roi Très
Chrétien », mais à
cette même date, les affaires
des Français se gâtent
et ils sont chassés d'Italie.
«Le 24 sept. 1513, écrit
Léonard, je partis de Milan
pour Rome avec Giovanni, Francesco
Melzi, Salaï, Lorenzo et le Fanfoïa
». Un Florentin, Giovanni de
Médicis, fils de Laurent le
Magnifique, avait été
élu pape sous le nom de Léon
X. Le plus jeune frère du nouveau
pape, Julien de Médicis, aimait
Léonard et l'avait attaché
à son service. Il semble qu'à
cette époque ses travaux scientifiques
l'aient beaucoup absorbé. Vasari
signale deux tableaux qu'il exécuta
pour le dataire du pape, messire Baldasare
Turini: l'un représentait la
madone avec l'enfant, l'autre «
un enfant d'une grâce et d'une
beauté merveilleuse ».
Parmi les dernières oeuvres
du maître, il faut certainement
mettre le Saint Jean du Louvre, où
il a porté la technique pittoresque
à un point qu'elle ne devait
point dépasser.
Le 13 sept. 1515, la victoire de
Marignan donnait à François
Ier le duché de Milan. A peine
informé de l'arrivée
des Français, le Vinci quitte
Rome et va rejoindre le roi à
Pavie. En déc. 1515, il revoyait
pour la dernière fois Milan,
sa seconde patrie, et il se rendait
en France, où François
Ier, qui l'aimait, lui donnait pour
résidence l'hôtel du
Cloux, dans le voisinage du château
d'Amboise, et lui assurait une pension
de 700 écus. C'est là
qu'après plusieurs mois de
maladie, le 2 mai 1519, il expirait.
On sait la légende qui fait
mourir le grand artiste dans les bras
du roi de France. La vérité
est que, le jour de la mort de Léonard,
le roi était à Saint-Germain-en-Laye.
Des grandes œuvres du Vinci,
nous l'avons vu, la plupart ont été
détruites ou sont perdues;
ses croquis, pleins de verve, ses
nombreux dessins, qui valent parfois
des oeuvres achevées, quelques
tableaux précieux, suffisent
à le mettre au nombre des peintres
qui peuvent disputer le premier rang.
Son rare génie est fait de
l'harmonie des dons contraires qui
égalent en lui le savant à
l'artiste. Ses sentiments sans cesse
passent par son esprit et ses idées
par son cœur: «Plus on
connaît, plus on aime».
Le charme rare de ses oeuvres est
dans et subtil mélange d'analyse
et d'émotion, d'exactitude
et de fantaisie, de naturel et de
spiritualité, dans ce réalisme
psychologique d'un artiste qui pense
que l'esprit est partout présent
et doit partout apparaître:
la Pittura è cosa mentale.
Bibliographie : Gabriel Séailles,
article «Léonard de Vinci»
de La grande encyclopédie:
inventaire raisonné des sciences,
des lettres et des arts. Réalisée
par une société de savants
et de gens de lettres sous la direction
de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg,
F.-Camille Dreyfus [et al.] Réimpression
non datée de l'édition
de 1885-1902. Paris, Société
anonyme de «La grande encyclopédie»,
[191-?]. Tome trente-et-unième,
p. 1028-1029. |
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